Le décret n° 2026-127 du 24 février 2026 introduit de nouveaux plafonds de prise en charge pour certaines actions financées via le Compte Personnel de Formation (CPF).
Si l’objectif affiché est de mieux encadrer les dépenses et de garantir une utilisation plus soutenable du dispositif, ces nouvelles dispositions soulèvent plusieurs questions pour les actifs engagés dans un projet d’évolution professionnelle.
Ce qui change concrètement
Le texte fixe désormais des plafonds pour certaines actions :
- 1 500 € pour les formations inscrites au Répertoire spécifique (hors socle de compétences)
- 1 600 € pour un bilan de compétences
- 900 € pour la préparation au permis de conduire
- Obligation d’un co-financement minimal de 100 € lorsqu’un tiers finance la formation
Ces montants constituent désormais des repères réglementaires, là où auparavant le financement dépendait essentiellement du crédit disponible sur le compte.
Une mesure de régulation budgétaire assumée
Il faut le reconnaître : le CPF a connu ces dernières années une forte dynamique, parfois accompagnée de dérives commerciales ou d’inflation des tarifs.
Dans cette perspective, le plafonnement peut être lu comme :
- Un outil de régulation des coûts
- Un signal envoyé aux organismes de formation
- Une tentative de préserver l’équilibre financier du dispositif
La mesure peut donc être comprise comme une volonté de responsabilisation collective.
Mais un impact réel sur les parcours individuels
Pour autant, ces plafonds peuvent avoir des effets concrets sur les personnes en reconversion.
Pour le bilan de compétences
Le plafond de 1 600 € couvre la majorité des offres du marché, mais certains bilans plus approfondis ou spécialisés dépassent ce montant. Cela peut générer un reste à charge, potentiellement dissuasif pour des publics fragilisés.
Pour les formations certifiantes
De nombreuses certifications du Répertoire spécifique dépassent 1 500 €, notamment dans les secteurs du numérique, du management ou des langues.
Les bénéficiaires devront donc :
- Soit compléter avec leurs fonds propres
- Soit rechercher un co-financement (employeur, Région, OPCO, France Travail)
- Soit ajuster leur projet de formation
Pour le permis de conduire
Le plafond de 900 € est inférieur au coût moyen constaté dans plusieurs territoires. Là encore, un complément financier devient souvent nécessaire.
Une logique qui modifie l’esprit du CPF
À l’origine, le CPF reposait sur un principe simple : chacun mobilise librement les droits qu’il a acquis.
Avec ces plafonds, on passe d’un droit mobilisable dans sa totalité à un droit encadré par catégorie d’action.
Cela ne supprime pas l’accès à la formation, mais cela change la mécanique :
- Le CPF devient davantage un levier partiel qu’un financement complet
- Les parcours complexes nécessitent plus souvent un montage financier
- L’accompagnement (CEP, structures emploi-formation) devient encore plus stratégique
Ce que cela implique pour les porteurs de projet
Pour les personnes en réflexion professionnelle, cela renforce l’importance de :
✔ Vérifier le coût réel de la formation
✔ Anticiper un éventuel reste à charge
✔ Se faire accompagner pour identifier des co-financements
✔ Comparer les offres plutôt que se focaliser uniquement sur l’éligibilité CPF
En résumé
Le décret ne remet pas en cause l’existence du CPF, mais il en redéfinit les contours.
Il s’agit moins d’une fermeture du dispositif que d’un rééquilibrage budgétaire qui transfère une partie de l’effort vers les bénéficiaires et les co-financeurs.
Pour les actifs en reconversion, la question n’est donc pas « le CPF est-il supprimé ? », mais plutôt : Comment construire un projet de formation viable dans ce nouveau cadre ?